● REC — CHAPITRE 2
La boîte au fond du placard
Au fond d'un placard, une boîte. Dedans, trente cassettes VHS étiquetées au feutre : « Mariage 89 », « Vacances Bretagne », « Noël chez Mamie ».
Personne ne les a regardées depuis des années. Elles ont suivi trois déménagements, un grenier, un sous-sol. Elles ont pris la poussière et elles sentent le carton. Sur certaines, l'étiquette a jauni et il faut retourner la cassette pour deviner l'année.
À l'époque, personne ne pensait à archiver. On appuyait sur REC, et c'était tout. Le caméscope passait de main en main : le père, la tante, le grand frère. Une cassette durait deux heures, alors on filmait en continu — les rires, les portes qui claquent, le même sapin chaque année, un peu plus grand.
C'est ça, la boîte. Pas des fichiers. Des après-midi entiers qu'on avait oubliés, et qu'on s'était promis de regarder plus tard.
● REC — CHAPITRE 3
L'image qui tremble
Plus tard est arrivé. Plus de magnétoscope à la maison. Et quand on en a enfin trouvé un, l'image tremblait déjà. Les bandes magnétiques perdent un peu de leur mémoire chaque année.
On a lancé la cassette. Du grain, des lignes qui dansent, le son qui dérape. Mamie est apparue deux secondes, puis la bande a grésillé et tout s'est brouillé. On a rembobiné. On a relancé. Cette fois, rien.
Une bande magnétique n'est pas une photo. Elle s'efface doucement, à cause de l'humidité, de la chaleur, du simple passage du temps. Les cassettes de notre enfance se lisent de moins en moins bien — et un jour, elles ne se lisent plus.
C'est là qu'on a compris que ce n'était plus une envie. C'était une course. Et une course, ça se court chez soi, et tout de suite.

● REC — CHAPITRE 4
L'évidence
On a d'abord cru que ce serait long et compliqué. Qu'il fallait un studio, des câbles obscurs et un week-end entier. On a acheté une clé de capture, un peu au hasard. Trois petites fiches couleur dans le téléviseur, l'autre bout dans l'ordinateur. On a glissé « Mariage 89 » dans le magnétoscope et on a cliqué sur Enregistrer.
Et le mariage est revenu. La robe, la sono qui sature, les oncles qui dansent mal. Sur un écran d'ordinateur, à plus de trente ans d'écart, depuis le canapé du salon.
Ce n'était pas si compliqué. Ce n'était pas long. C'était juste une chose que personne ne prend la peine d'expliquer.
On s'est dit : il faut que tout le monde puisse sauver ses cassettes, soi-même, sans y passer des week-ends.
● REC — CHAPITRE 5
Rembobine est né
Rembobine est né de là. On a choisi des convertisseurs simples, on les explique clairement, on vous les fait livrer chez vous. Le reste, c'est vous, votre canapé, et des souvenirs qui reviennent à l'écran.
Le nom est venu tout seul. Rembobiner, c'était le geste d'après : la cassette qui tourne à l'envers, ce bruit de moteur tout aigu, le petit claquement quand elle s'arrête. On a gardé ce mot parce qu'il veut dire la même chose aujourd'hui : faire revenir ce qu'on croyait parti.
Sur chaque fiche, on écrit ce que l'appareil fait et ce qu'il ne fait pas. Pas d'image de cinéma en promesse : juste la vôtre, qui repasse à l'écran, et une vraie personne qui répond si vous coincez.
Rien de tout ça ne nous appartient. La boîte, la soirée, la cassette que vous n'avez pas osé lancer depuis dix ans. Appuyez sur PLAY — il est encore temps.

Rembobine n'est pas né d'une idée. Il est né d'une boîte au fond d'un placard, d'une image qui tremblait, et d'un mariage revenu par hasard sur un écran d'ordinateur. Le reste n'a été que la suite logique : rembobiner, et relancer la bande.
